François Blocquaux

CONFUCIUS ET LE COUTEAU DE BOUCHER

Une collaboratrice de l’Université de Perpignan a été tuée par un étudiant chinois, armé d’un long couteau. Un psychiatre a reconnu son irresponsabilité au moment où les faits ont été commis.

J’ignore tout du contexte de ce drame, mais mon expérience d’ancien professeur à l’Université de Suzhou (Jiangsu) et une assez bonne connaissance des conditions dans lesquelles les étudiants chinois conduisent leurs cursus universitaires en France me conduit à analyser certaine composantes de leur situation , d’autant que des faits divers récents – le cas d’espionnage industriel par une étudiante de l’IUT de Compiègne, les « diplômes »

délivrés par un département de l’université de Toulon – alimentent régulièrement les chroniques et donnent libre cours aux fantasmes.

1/ A l’inverse de leurs collègues en provenance d’Etats lointains, la plupart des étudiants chinois sont issus de familles peu fortunées qui se sont endettées pour financer cette coûteuse expatriation, même si le montant global de l’investisement « formation universitaire » en France reste largement en deça de ce que demandent nos voisins européens.

D’où l’énorme pression à laquelle sont soumis ces étudiants, porteurs de l’honneur et des ambitions du groupe familial, condamnés à la conquête, à tout prix, de la peau d’âne qui leur vaudra gloire et profits au retour au pays. L’échec est inconcevable.

2/ Avant l’inscription et la délivrance du visa, le niveau de maîtrise de la langue française a, normalement, été validé.

En fait, de multiples trous existent dans ce dispositif, ce qui permet de passer à travers les mailles du filet et de se retrouver, ensuite, devant d’insurmontables difficultés de compréhension et d’expression, notamment pour l’écrit.

Conséquences : d’interminables et épuisants apprentissages, par coeur, de bibliographies non assimilées et le recours massif au « copier-coller ».

Ce système ne peut d’ailleurs perdurer qu’avec la complicité de certains professeurs, arborant leur multiculturalité comme Monsieur Prud’homme son sabre, désireux de gonfler les effectifs de leur département, mésusant de leurs pouvoirs et, au final, surcotant ces étudiants.

La plupart du temps, les travaux sont indigents dans le fond et charabiesques dans la forme.

3/ Autant l’accès à des disciplines scientifiques n’est pas insurmontable, autant l’inscription dans des secteurs tels que le droit, les sciences humaines, la littérature,…doit être réservée à des candidats qui maîtrisent parfaitement l’expression orale et écrite mais aussi l’arrière-plan culturel et les modes de raisonnement et d’argumentation. ( Une incidente : la traduction en coréen ,dite définitive, de l’Ulysse de Joyce, par le professeur KIM Chong-keon contient 3.379 notes en bas de page…).

Les grandes écoles , quant à elles, ont des modes de sélection bien adaptés et, une fois l’étudiant en place, l’encadrent et le suivent, conscientes de leur obligation de résultat.

Ailleurs, celui-ci est laissé dans une insupportable solitude et à sa déréliction

Lecture recommandée‏

Les Américains ont donc débarqué à Haïti.
Ce fut plus facile qu’à Cuba, dans la Baie des Cochons.
” Pousse-toi de là que je m’y mette ! Une fois les lauriers cueillis et la démonstration de ma puissance technologique faite, je vous laisserai la place.”
Lisez donc – c’est en B.D, donc d’accès facile ! – L’histoire populaire de l’Empire américain ( Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle). Il existe une traduction en français, chez Vertige Graphic.
Le livre s’ouvre sur le massacre des Indiens, en 1890, à Wounded Knee et se clôt sur La guerre permanente : le consensus des deux partis.
Je pense qu’il y aura des addenda…
Une image fugace au journal télévisé. L’aérodrome de Port-au-Prince. Des gros porteurs débarquant hommes, chiens et équipements. Et puis, deux fières bannnières flottant au vent ( style le drapeau russe au sommet du Reichstag en ruine, ou le drapeau américain à Iwo Jima ). Elles sont rouge sang de boeuf, avec des étoiles : voilà les Chinois !!! Qu’on se le dise et qu’on le voie !
Les chiens pissent autour des réverbères pour marquer leur territoire, eux.
Manifestement, les autres pays sont plus discrets ou plus brouillons quand ils font leur paquetage.
P.S : Si vous prenez un billet d’avion, attention au lapsus : Haïti n’est pas Tahiti, non plus que Goa Gao.

Taishan ou Les Longues Marches

6000 marches, écrit Lonely Planet.

Ce compte, trop rond, m’est suspect.

6660, pour National Geographic.

6666, renchérit le Guide Bleu.

7000, annonce le Guide Epigones, pour faire bonne mesure.

Qui dit mieux  et qui croire parmi ces guides ?
Ces marches, je ne les ai pas dénombrées et, si je l’avais entrepris, me serais très vite emmêlé dans les additions, trop préoccupé, à la montée, par l’état de mes mollets et de mon souffle, et, en descendant, par celui de mes rotules et de mes chevilles.

L’Histoire atteste que l’Empereur Qianlong, Confucius et Mao m’avaient précédé, sur cette distance de 7,5 km, qui, de la Porte du Sud au sommet, accuse un dénivelé de 1460 mètres.

Quasiment d’un bout à l’autre, des marches, des marches, des marches, presque d’une seule volée. Pratiquement pas de paliers, ni d’éboulis rocheux, à l’inverse des autres montagnes sacrées, où  une légère descente, le faux plat, l’escalier grossier, puis à des marches régulières se succèdent et permettent un changement de rythme.
Ici, à Taishan, c’est la régularité implacable de degrès aux arètes vives, d’une égale hauteur. Et que dire des virages où la pente semble plus raide ?  Et du vertige qui vous saisit quand, vous retournant pour mesurer le chemin parcouru, ondulent et moutonnent sous vos pieds, telle une énorme chenille animée, les têtes et les dos des grimpeurs qui vous suivent ?

L’assurance de passer le cap des cent ans, voire l’immortalité, sont les récompenses promises par la tradition aux audacieux qui surmontent leurs douleurs et passent sous la voute sommitale à ls force de leurs se muscles.

D’autres « moteurs » vous tirent et vous poussent vers le haut.

Pêle-mêle : L’amour-propre du  long nez  qui, noyé dans la foule chinoise, veut faire bonne figure et accepte même, en souriant, de stopper son effort pour se faire tirer  le portrait, flanqué de la maman et du jeune fils, par le papa photographe, désireux d’immortaliser cette rencontre incongrue.

La compétition silencieuse avec le porteur, ployant sous le poids des charges accrochées au bambou qui lui meurtrit l’épaule et auquel on adresse ce discours silencieux : « J’arriverai à suivre ta cadence et tu ne me décrochers pas. »

Les conversations, forcément décousues, conduites avec des étudiants qui veulent prouver la qualité de leur anglais et vous accompagnent un long bout de conduite,  vous obligeant à forcer l’allure pour n’être pas ridicule.

La perspective de s’arrêter dans la prochaine gargote pour se rafraîchir avec des tranches de pastèques et une décoction de feuilles sèches d’origine incertaine, dans des récipients façonnés dans des tiges de bambous.

Un sentiment d’appartenance à une étrange confrérie de pénitents-alpinistes, aux profils fort divers – familles, sportifs, militaires, personnes âgées,…-  qui plutôt que de se flageller à Séville ou d’user leurs semelles tout au long du chemin de Saint Jacques de Compostelle, a fait le choix de gravir pas-à-pas cet escalier dont l’ultime marche débouche sur le vide. 

Si de nombreuses inscriptions sur les rochers jalonnent le parcours, il n’y a au sommet ni temple remarquable, ni mausolée, ni ruine. Le paysage, l’espace, la vue, le pic de l’Empereur, le pic de la Contemplation du Soleil, et la perspectice de contempler le lever du jour le lendemain matin sont le seul salaire et l’unique rétribution de l’effort accompli.

J’oubliais le caravansérail propre à tout site, l’unique hôtel, les cafés-restaurants aux terrasses encombrées, le bureau de poste forain vendant enveloppes, timbres et coups de cachet attestant que vous étiez bien à Taishan ce jour-là.

La fraîcheur physique des visiteurs est d’ailleurs fort différente de l’un à l’autre et à la mesure des moyens de transport  choisis. Ceux qui sont frais comme l’oeil, ayant opté, sans nul doute, pour le bus, qui effectue par l’ouest la première partie de la montée, puis pour le téléphérique qui achemine au sommet.

Pour avoir vu des porteurs qui descendaient, à vide, une chaise en bambou sur leurs épaules, j’en ai déduit que certains usaient de ce procédé…à moins qu’ils ne soient payés par l’Office du Tourisme pour donner une touche pittoresque.

Qu’en aurait pensé et dit Confucius ?

Si vous  vous sentez d’attaque, participez au mois de septembre à la course qui réunit les meilleurs poumons, coeurs et jarrets de la province.

A chacun sa voie !

       

Permis de conduire chinois

Bienvenue sur les routes chinoises, au volant d’un véhicule !

Se soumettre aux épreuves écrites du permis de conduire, c’est plonger dans la différence culturelle et comprendre ce qui vous attend dès lors que vous avez l’intention d’accumuler les lis sur autouroutes, voies nationales et secondaires.

Deux exemples tirés des 100 QCM auxquels vous serez soumis.

Si quelqu’un, suite à un blessure abdominale, perd ses intestins, que devez-vous faire ? 

         A/ les remettre en place

         B/ ne rien faire

         C/ les envelopper pour les maintenir

Autre problème :

Que doit faire le chauffeur saisi d’une impérieuse envie de cracher ?

         A/ cracher par la fenêtre

         B/ cracher dans un morceau de papier et jeter celui-ci dans une poubelle

         C/ cracher sur le plancher du véhicule

Vous donnez votre langue au dragon ?

La réponse est C dans le premier cas, et B dans le second.

Elémentaire, mon cher Watson ! Et bon voyage !