François Blocquaux

L’ASTRE MORT

20120223-133259.jpg

Cherchez l’intrus !
Cette photo a été publiée dans un quotidien coréen en langue anglaise de Séoul.
On le trouve vite car c’est le seul « long nez » parmi 17 « autres » : l’ambassadeur de Corée en France, le délégué permanent auprès de l’UNESCO, le président de KBS, une chaîne de télévision, et 16 artistes de groupes de K-pop ( composition chimique : R’n'B + pop + hi-popqui se sont produits à Bercy devant 10.000 spectateurs enflammés le 9 février,
Il est le seul à ne pas brandir le poing,
Coucou ! C’est lui ! Jack ( Lang ).
Hilare, sourire aux implants, façade ravalée, frétillant comme un gardon dans le Han, le fleuve qui traverse Séoul, il est au premier rang, encadré par des filles court vêtues et par des garçons androgynes.
Cependant, il y a un hic.
Sans doute considéré comme élément négligeable ou parasite, il n’est pas mentionné dans la légende non plus que dans l’article en pages intérieures.
L’homme pourrait, tel Georges Clooney pour Nescafé, devenir l’icône de Hankook, le fabricant coréen de pneumatiques, car il est increvable.
Line Renaud de la politique, ses bientôt 73 ans ne sont pas, à ses yeux, un obstacle pour briguer un nouveau mandat de député ou préempter un maroquin ministériel.
Ce bain de foule musical est peut-être dû au fait que, missionné il y a quelque temps pour aller à Pyongyang afin d’étudier la mise en place d’un embryon de représentation française, il a mentalement fusionné Corée du Nord et du Sud et franchi le 38 ème parallèle et la Zone démilitarisée qui est une des régions les plus surveillées du globe.
Las ! Au Nord, la dynastie des Kim joue plutôt de la trique que de la guitare électrique.
Dans la galaxie socialiste, Lang n’est pas la seule étoile éteinte à envoyer un signal posthume et une froide lumière.
Ces astres morts sont de vivants désastres.
Tous ces personnages qui piaffent d’impatience, sentant venir l’écurie confortable et le ratelier garni, sont des cailloux inertes gravitant à des années-lumières de notre monde.
Fabius, le sourcil levé, et se remémorant les nationalisations de 1982 « Nous serons prêts. »
Hollande, se targuant de ses racines corréziennes, et Royal, en lévitation, écoutant le notaire lisant convention de partage des biens de la communauté : « A Madame, la chambre-à-coucher de l’Hôtel de Lassay, à Monsieur, celle de l’Elysées ».
Moscovici, ici. D’autres,là (à l’exception notable de DSK).
« Et pourtant, elle tourne. »
Galilée l’a dit.

MISCELLANEES ASIATIQUES

Les trains indonésiens et indiens présentent des points communs : wagons bondés à craquer, passagers agrippés aux marche-pieds ou juchés sur les toits au risque de leur vie.

Pour mettre bon ordre dans des habitudes jugées dangereuses par la SNCF indonésienne, des dispositifs mécaniques ont été installés au début du mois. Des balais trempés dans un mélange putride fouettent les squatters perchés sur les wagons. 

        A Hanoi, la police a confisqué dans un restaurant la carcasse d’un tigre classé « espèce en voie de disparition », Nguyen Thi Tank, le chef, avait fait cuire la bête pour fabriquer un baume vendu comme anti-douleur 1000 euros les 100 grammes.

        En début d’année,un riche homme d’affaires chinois de la province du Guangdong est mort après avoir partagé avec deux de ses associés un ragoût de chat dans lequel ceux-ci avaient ajouté des feuilles de Gelsenium elegans. En dépit de son qualificatif flatteur, cette herbe n’a pas son pareil pour vous faire trépasser élégamment. Les deux compères auteurs de cette cuisine du diable avaient eux aussi été hospitalisés mais ne furent que légèrement intoxiqués n’ayant prudemment avalé que quelques cuillerées.

        En Corée du Sud, la chirurgie esthétique est un secteur qui marche et qui attire clientes et clients chinois et japonais. Panneaux publicitaires sur le flanc des bus, multiples enseignes racoleuses notamment dans le quartier chic d’Akpujong, cette activité s’étale ostensiblement.

Jusqu’ici, les chirurgiens se contentaient des rectifications assez mineures : donner du volume aux seins,

débrider les paupières, « occidentaliser » le nez, Une étape est franchie avec l’ostéotomie des deux maxillaires. Les os sont coupés – en haut, à l’horizontale, en bas, à la verticale, côtés gauche et droit -, une partie est enlevée ainsi que quelques dents et on raboute avec attaches et vis.

Après une anesthésie totale de huit heures, le visage est remodelé.

Prudentes, car des loupés mortels se produisent, les cliniques font signer une décharge de responsabilité,

 

P.S. helvétique,

 

Ce grand raout qu’est le Forum écononomique mondial ( appellation bien vaniteuse retenue par les organisateurs ) s’est tenu à Davos, fin janvier.

Bien que l’altitude de cette station huppée soit faible – 1500 mètres -, les invités, « grands » de la politique ou des affaires ainsi qu’une vingtaine de people divers ( Qu’allaient faire dans cette galére l’évêque sud-africain Desmond Tutu et un cardinal ghanéen ? ), ont manqué d’oxygène car les propos tenus ne volèrent pas haut.

Et pourtant le ticket d’entrée pour les auditeurs est de 71.000 US $, hors frais de transport et d’hébergement.

Un nombre respectable de têtes d’affche, présentes l’an dernier, avaient été priées de rester chez elles, ce qui reflète le flair des responsables du casting et leur vista à long terme.

Matasaka Shimzu, le japonais, qui avait déclaré que sa société, Tokyo Electric Power, était en mesure de fournir de l’électricité en quantité suffisante en respectant l’environnement. C’était avant Fukushima.

George A. Papandreou, feu le P, M. grec, qui avait rassuré l’assistance sur la solvabilité de son pays.

Rebekah Brooks, la flambloyante CEO d’une société de presse de l’empire Murdoch, accusée par la justice anglaise d’avoir intercepté des conversations téléphoniques privées pour mettre le feu aux chroniques de ses tabloids.

Dominique Strauss-Kahn, pour avoir oublié un portable dans un salle-de-bains.

Seif al-Islam el-Quadafi, fils de qui vous savez, aujourd’hui emprisonné, qui avait été sacré « World Economic Forum Young Gobal Leader » aux motifs qu’il était respectueux des droits de l’Homme et ouvert aux réformes politiques.

Rajat K. Gupta, ancien directeur de Goldman Sachs, inculpé aus USA pour de graves infractions du type « col blanc ». En 2011, il était présent en qualité de Président de la Chambre de Commerce Internationale.

A Davos et quoiqu’en dise l’Office suisse du Tourisme, les pistes sont glissantes et la chute de pardonne pas.

NOIR, LE DRAGON

Il y avait soixante ans qu’on ne l’avait pas vu. Le Dragon Noir va donc, le 23, assurer la présidence tournante qui lui revient, selon la Constitution qui régit la succession des signes du Zodiac chinois, Tous les 12 ans, il prend son tour mais tous les 60 ans ( 5 x 12 ) il change de couleur.

Seul ê̂tre mythique au sein de cette douzaine, l’animal est composite, chimère de bric et de broc construite par un généticien en folie, sorte de “cadavre exquis” sorti d’une séance de jeu entre Surréalistes, il emprunte au chameau sa t̂̂ê̂te, au cerf ses bois, au lapin ses yeux, à un serpent son cou, à une vache ses oreilles, à un tigre ses pattes, à un faucon ses serres.

Les onze autres figures de ce bestiaire sont plus familières, qu’elles soient sauvages – le tigre, le buffle, le serpent, le singe – ou domestiques – coq, lapin, cochon, cheval, chèvre, chien, rat -.

Ce Dragon n’est pas “l’horrificque beste” de l’Occident chrétien que Saint Michel transperce de sa lance sur la Fontaine du Boulevard St-Michel, à Paris, ou au sommet de la flèche de l’Abbaye située sur le Mont qui lui est dédié.

Qui plus est, les régiments de Dragons n’étaient pas composés de pioupious rigolards et les dragonnades ne furent pas de doux moments pour les huguenots.

En Chine, le Dragon est le symbole de l’Empereur.

Les enfants qui naissent sous son signe seront ambitieux, énergiques, conquérants; charismatiques. Soucieux de placer leurs descendants sous un parrainage aussi précieux, les couples prennent les dispositions requises. Tirant les enseignements du passé, les maternités ont donc revu à la hausse les prévisions de fréquentation pour 2012 : +5,6% à Hong-Kong, +10% à Singapour, +5% en Chine. Le marché du bébé Dragon est en croissance.

L’analyse des C.V. des dirigeants des principales sociétés coréennes prouve qu’une naissance “Dragon” booste la carrière. Parmi les 1000 sociétés cot̂̂ées, 8% des directeurs généraux sont des “D.G. Dragons”. Les analystes financiers recommandent de suivre les performances des entreprises à la tê̂te desquelles ils ont été placés, et ce d’autant plus que ces sexagénaires, nées en 1952, la précédente année Dragon, ont une longue expérience professionnelle.

Une étude du magazine Forbes, de 2002, relevait que 11% des plus riches hommes d’affaires américains sont nés sous le signe du Dragon.

Dis-moi de quel signe tu es, je te dirai le sort qui t’est dévolu.

Père, gardez vous à droite…

L’Allemagne fut hémiplégique sur son coté oriental pendant de longues années. jusqu’à ce que la partie handicapée, l’Est, démocratique sur le papier, se jette dans les bras de l’Ouest,

La péninsule coréenne est paraplégique depuis la fin de la guerre de Corée; paralysée au nord du 38 ème parallèle. La disparition de Kim Jong-il, variété asiatique du Père Ubu, ouvrira-t-elle la voie à un rapprochement avec le voisin ? La condition demeure, là aussi, dans l’abandon de l’adjectif “démocratique” dont s’affuble, tel un masque, la contrée du Nord. L’envoi par le fond de la frégate Chéonan, et ses 46 morts, en mars 2010, dans lequel la responsabilité de Pyongyang apparaît indubitable, est encore dans toutes les mémoires.

Quoiqu’il en soit, Séoul est dans la position peu enviable de Jean le Bon à la bataille de Poitiers, en 1356, à qui son fils, Philippe le Hardi, conseillait ” Père, gardez-vous à droite; Père, gardez-vous à gauche ! “

En témoignent deux Mater dolorosa.

L’une est l’épouse d’un garde-côte, père de trois enfants, poignardé par le capitaine d’un bateau de pêche chinois que les militaires arraisonnaient au motif qu’il avait pénétré dans les eaux territoriales coréennes. La jeune femme, icône de la déreliction, est soutenue par deux collègues de son mari.

La seconde, figée dans le métal, symbolise les jeunes coréennes, arrachées à leurs familles et placées dans les bordels militaires japonais afin de servir au repos des guerriers. Cette statue vient d’être placée devant l’ambassade du Japon à Séoul, au grand dam de Tokyo qui invoque tout à la fois l’article 22 de la Convention de Vienne sur les respect dû aux représentations étrangères et un accord signé en 1965 qui constituerait le “solde de tout compte” des dommages causés pendant les 35 ans d’occupation.

Les rares survivantes de ces “femmes de confort”, des hommes politiques; des journalistes, des citoyens, nombreux sont les coréens qui exigent du gouvernement japonais des signes tangibles de réparation, estimant que justice n’a pas été rendue sur cette douloureuse question.

AVIS AUX BRAQUEURS !

Le bouchon de carafe que Richard Burton avait offert à Liz Taylor vient de changer de mains, pour une enchère de 8,818 millions  $ dollars.

Ce caillou qui pèse 33,19 carats, soit 6,63 grammes, a été acquis par la société coréenne E. Land ( galeries marchandes, vêtements, … ), qui l’utilisera comme attraction dans le Parc à thème qu’elle gère à Daegu, une grosse ville industrielle du sud de la péninsule.

Sic transit gloria mundi …

Seoul, Monbae-dong.

SHAKE HANDS

 

 « Je t’en serre cinq », disent ces deux photos parues en juillet dans des journaux coréens.

Ce n’est pas un top five, mais on n’est pas loin.

Mettant en scène quatre américains, et pas des moindres – le Président, un couple de généraux et un sergent-chef – elles en disent plus que de longs discours sur l’engagement militaire de U.S.A.

Le décor, très officiel et gourmé, est le même dans les deux cas.

Des étoile en nombre :   derrière le dos du sous-officier, sur les drapeaux décorant les murs de la salle Est de la Maison-Blanche,  comme semées par le bras droit de B. Obama, sur les épaules des généraux.

Mais, c’est dans la direction du regard que s’échangent ces personnes que la différence apparaît.

Yeux dans les yeux et « Tête droite ! » pour les deux haut gradés, qu’il s’agisse du petit sec qui quitte le commandement des 28.000 G.I.’s basés en Corée du Sud, ravi de céder sa place de gardien d’un 38 ème parallèle que taquine sporadiquement l’Ubu de Pyongyang, ou du grand costaud qui arrive et se fend du geste familier aux politiciens en campagne , non pas militaire mais électorale : le pétrissage de l’avant-bras de l’interlocuteur.

Au second plan, le Ministre coréen de la Défense est presque flouté

Le regard sur la main de l’autre, visage baissé, en revanche, pour le Président américain et le sergent-chef Leroy, retour d’Afghanistan et d’Irak.

Mais, peut-on utiliser le mot main pour celui-ci, tant est difforme et obscène la prothèse qu’il présente, avec ce pouce démesuré et ces doigts réduits à une phalange ? Les yeux d’Obama sont fixés sur cette mécanique orthopédique, vers laquelle sa main plonge, poignet cassé, dans une étrange gestuelle, aussi concentrés que ceux du champion de tennis suivant  la balle qui va rentrer dans sa raquette.

Alors que les deux militaires ont été saisis au moment où ils se serrent carrément la  pogne , le Président et le soldat sont figés dans un geste suspendu qui laisse imaginer la façon dont vont se rencontrer et s’emboîter la prothèse de l’amputé et la main de celui qui a signé les documents  l’envoyant au combat.  

La photo est la version civilisée et normalisée d’une caricature que Siné publia en 1959 dans un recueil intitulé Complaintes sans paroles avec d’horribles détails.

 Rien de tel qu’une histoire sans parole  – photo ou caricature – pour avoir le  mot de la fin et le dernier mot.

 

LA COMPETITION SCOLAIRE AU PAYS DU MATIN CALME

 

Dans la quiétude des vacances, TELERAMA se livre à une enquête, dans divers pays, sur les pratiques d’enseignement.

Quelle bonne idée d’avoir replacé dans le contexte culturel sud-coréen les résultats flatteurs de l’étude PISA qui évalue les élèves du secondaire dans le monde et range ce pays dans le peloton de tête des têtes bien pleines…voire bien faites !

La course au succès scolaire est, en effet, au coeur du système éducatif de cette société et les cours particuliers ( hagwon ) de tous ordres, et fort coûteux, sont entrés dans les moeurs, et ce, dès le plus jeune âge, générant un fructueux marché.

L’objectif final est de décrocher la meilleure place au concours d’entrée dans les Universités, qui, à l’instar de nos grandes écoles, sont classées selon une stricte hiérarchie plaçant au premier rang l’Université de Séoul, à elle seule l’ENA + Normale Sup. + HEC/ESSEC + l’X et Centrale.

Sortir de cette prestigieuse structure, c’est avoir la peau d’âne en or, qui, si vous êtes un garçon, fera de vous un produit de premier choix lors de la négociation de votre mariage, la promise étant alors dans l’obligation d’amener un patrimoine conséquent. D’un côté, les neurones. De l’autre, les wons.

Pour doter les chères têtes uniformément noires du bagage intellectuel suffisant, c’est donc le rythme des  prépas françaises les plus cotées dès le CE1, sachant que les jouets du bébé sont déjà choisis en fonction de leur potentiel éducatif.

Chaque jour,  des mini-bus sillonnent les ruelles et ramassent les bambins pour les conduire qui au cours d’anglais, qui à celui de taekwondo, qui à celui de maths, qui à celui de piano, car aucune discipline n’est laissée en friche. 

Plus âgé, le lycéen trouvera refuge dans des salles de lecture, publiques ou privées : des box minuscules hébergent jusqu’à une heure avancée ces stakhanovistes du savoir et du QCM, jusqu’à une heure avancée de la nuit, pour potasser et réviser, et…dormir sur le sol, enveloppé dans un sac de couchage. 

Ho Chol CHOI a croqué avec ironie et tendresse dans un ouvrage paru en 2008, intitulé La ligne circulaire Ulchiro, des scènes de la vie du séoulite (séoulais, séoulien, séoulois, séoulard… ?). Ces deux illustrations résument deux moments du système éducatif de cette petite péninsule frappée d’hémiplégie, comme le fut l’Allemagne pendant de longues années.

Pour ma part, j’adore, au premier plan de celle qui décrit une salle de lecture, la brosse-à-dents fichée dans le rouleau de papier hygiénique.

Le ballet des mini-bus de ramassage pour les cours supplémentaires

Le ballet des mini-bus de ramassage pour les cours supplémentaires

Les salles de lecture/boîtes à sardines

F.M. Aïe!Aïe!Aïe!

F.M.I.

Prononçons à l’anglaise pour mieux coller aux pratiques de cette institution internationale et aux plaintes et cris que poussent les habitants des pays soumis à sa juridiction.

 F.M. Aïe ! Aïe !Aïe !

La Grèce va se colleter avec les F.M.I. boys, qui sont à la Finance ce que le F.B.I  ( F.B. Aïe ! ). est à la délinquance et au crime et la C.I.A. aux  réseaux islamiques parrainés par Ben Laden et consorts. Ils en ont le même doigté et un sens similaire de la nuance et de la délicatesse.

Par comparaison, l’irruption de notre brigade financière dans les locaux d’une société suspectée d’indélicatesses, c’est un menuet dansé avec grâce et componction.

Pour avoir vu opérer les exécutants du Fonds, il y a un certain temps, dans des états d’Afrique francophone et  en Corée du Sud, je vous garantis que la médecine qu’ils pratiquent ne s’apparente ni à l’oméopathie ni à une cure ayurvédique. C’est de la chirurgie d’urgence telle que pratiquée par un docteur de western extrayant une balle de colt, sur une table de saloon ou par les médecins militaires, avant que Henri Dunant, traumatisé par la boucherie de Solférino, ne crée la Croix Rouge.

Les clystères qu’ils administrent aux finances publiques ont la taille et la contenance de ceux qu’utilisaient les médicastres chez Molière.

D’ailleurs, regardez les deux experts figurant sur la photo.

Le premier, à gauche, ressemble comme deux gouttes d’eau à Jean-Marie Messier, l’étoile déchue. A croire que l’homme s’est recyclé dans l’audit international, à la manière de ces hackers délinquants qui, passant du bon côté de la ligne jaune, monnayent leurs talents auprès d’éditeurs de logiciels ayant pignon sur rue et y peaufinent des pare-feux inviolables.

Les lunettes noires du second lui donnent un côté gros bras tatoué et une capacité à faire avouer à des financiers binoclards les turpitudes comptables auxquelles ils se sont livrés.

Mais, comme disent les vieux Hellènes qui en ont vu d’autres : « N’en faisons pas un dra(ch)me ! ».

Ne parle pas la bouche pleine !

Grimod de La Reynière ( 1758-1838) n’aurait pas prononcé cette mise en garde éducative, que mes parents m’ont serinée pendant les repas familiaux.
Dans ses Ecrits gastronomiques , il cite un vieux proverbe : Les morceaux caquetés en paroissent meilleurs.
Et poursuivant sa démonstration :” Cet adage est si vrai, que, quoique les Chartreux fussent très bien nourris, la loi qui leur prescrivoit le silence lorsqu’ils mangeoient en commun, étoit celle dont l’observance leur paroissoit la plus rigoureuse. Ils auroient préféré, à leur chère splendide, un repas d’anachorète, avec la liberté de parler tout à leur aise.
Une conversatio animée, pendant le repas, n’est pas moins salutaire qu’agréable; elle favorise et accélère la digestion, comme elle entretient la joie du coeur et la sérénité de l’âme. Elle est donc sous le rapport moral, comme sous le rapport physique, un double bienfait; et le meilleur repas pris en silence ne sauroit faire du bien au corps , ni à l’esprit.”
C’est de la diététique verbale. Je m’étonne qu’aucun coach ou gourou n’ait encore proposé ce genre de thérapie aux couples en perdition, aux multinationales en mal de communication interne, aux partis politiques quêtant l’électeurs et aux tenanciers des McDo.
Il existe cependant des pays, comme la Corée, où la bienséance commande de ne pas parler en mangeant, l’attention du convive étant totalement portée aux mets qu’il déguste, sans qu’aucune distraction vienne l’en abstraire.