François Blocquaux

Ne parle pas la bouche pleine !

Grimod de La Reynière ( 1758-1838) n’aurait pas prononcé cette mise en garde éducative, que mes parents m’ont serinée pendant les repas familiaux.
Dans ses Ecrits gastronomiques , il cite un vieux proverbe : Les morceaux caquetés en paroissent meilleurs.
Et poursuivant sa démonstration :” Cet adage est si vrai, que, quoique les Chartreux fussent très bien nourris, la loi qui leur prescrivoit le silence lorsqu’ils mangeoient en commun, étoit celle dont l’observance leur paroissoit la plus rigoureuse. Ils auroient préféré, à leur chère splendide, un repas d’anachorète, avec la liberté de parler tout à leur aise.
Une conversatio animée, pendant le repas, n’est pas moins salutaire qu’agréable; elle favorise et accélère la digestion, comme elle entretient la joie du coeur et la sérénité de l’âme. Elle est donc sous le rapport moral, comme sous le rapport physique, un double bienfait; et le meilleur repas pris en silence ne sauroit faire du bien au corps , ni à l’esprit.”
C’est de la diététique verbale. Je m’étonne qu’aucun coach ou gourou n’ait encore proposé ce genre de thérapie aux couples en perdition, aux multinationales en mal de communication interne, aux partis politiques quêtant l’électeurs et aux tenanciers des McDo.
Il existe cependant des pays, comme la Corée, où la bienséance commande de ne pas parler en mangeant, l’attention du convive étant totalement portée aux mets qu’il déguste, sans qu’aucune distraction vienne l’en abstraire.

Vespasien, la finance islamique, les marchands du Temple

image source http://archeopiplette.sosblog.fr

Deux hommes en burqa braquent le bureau de poste d’Athis-Mons. Croyant avoir affaire à deux femmes, un employé avait ouvert le sas de l’établissement. Butin : 4.500 €. (Le Monde du 9 février 2010)

S’agissait-il d’étudiants suivant le cursus du diplôme universitaire Principes et pratiques de la finance islamique, dispensé à Paris Dauphine ( frais d’inscription : entre 4.000 et 8.000 € ; 5 modules : finance fondamentale, environnement international, approches conceptuelles, banques/assurances ; technique islamique de la finance ) qui étaient passés aux travaux pratiques ?

Ou bien venaient-ils de Strasbourg où l’Université a inscrit à son programme un D.U. de Finance islamique, aux intitulés plus typés : droit musulman applicable à la banque et à la finance ; les banques islamiques, marchés financiers islamiques, régulation des institutions financières islamiques, management et gouvernance ?

A moins que ces braqueurs imaginatifs n’aient potassé, au calme chez eux, les coupures de presse relatant les exploits du gang des postiches, qui s’étaient fait la spécialilté, dans les années 80, d’opérer, bourgeoisement habillés, afin de passer inaperçus.

Selon le contexte, le trois pièces-cravate est aussi commun et monsieur ou madame-tout-le-monde que le voile intégral.  

La finance islamique présente-t-elle des différences avec la finance judéo-chrétienne ?

En première analyse, aucune des deux ne semble avoir l’exclusivité des bulles.

Parties des Etats-Unis, les subprimes ont contaminé l’ensemble du corps bancaire européen et généré la crise que l’on sait.

Mais que dire du penchant de Dubaï pour les tours style Babel et un immobilier de loisirs fort kitsch se développant sur des îles artificielles dessinant sur la mer des branches de palmiers, au mépris de l’écologie marine ?

N’eût été l’aide d’un voisin, c’était la cessation de paiement, les bédouins rendus à leurs tentes et les tours inhabitées aux vautours.

 Gharar et Maysir sont des mots-clés lancés lorsque la spécificité d’une finance aux couleurs de l’Islam est revendiquée.

Le premier désigne une vente risquée dont les détails sont inconnus ou incertains. Cette pratique est interdite par la charia qui condamne explicitement toute transaction impliquant un risque jugé excessif. La plupart des contrats à  terme rentrent dans cette catégorie, en raison de l’incertitude qui entoure la délivrance du produit en cause.

Quelques exemples : l’achat d’un animal non né dans la matrice de la mère ; l’achat du produit de la pêche avant que celle-ci soit faite ; l’achat d’un butin de guerre avant sa distribution.

Maysir peut être défini comme toute forme de contrat dans lequel les droits des parties dépendent d’un évènement aléatoire ( par exemple, les jeux de hasard et les paris avec mises). Ce dispositif est également interdit.

Et alors, le séisme immobilier de Dubaï : comment les montages comptables et financiers des opérations de construction sont-ils passés à travers les mailles de ce filet et reçu l’aval des «gardiens » qui veillent sourcilleusement à la stricte application des préceptes ?

La formulation interrogative d’un livre récent – La finance islamique : une solution à la crise ? ( Jouini, Pastré ; édit. Europlace, Economica )-, ouvre le débat et introduit le questionnement.

Le couplage entre ces deux principes  de sagesse et les acrobaties financières des promoteurs immobiliers  de Dubaï ne paraît pas avoir été réalisé, la main droite ignorant ce que fait la gauche, sauf à démontrer que cette frénésie verticale et manhattanienne  était un placement de bon père de famille, à risque nul, gros de substantielles plus-values, une combinaison à dormir sur ses deux oreilles, conseillée par un notaire de campagne à des héritiers prudents.

En plus de la prohibition de la spéculation, la finance islamique se réclame d’un autre maître-mot : ribâ.

« Je vous paierai, lui dit-elle/ Avant l’oût, foi d’animal/ Intérêt et principal », s’engageait  la fourmi de La Fontaine vis-à-vis de la cigale, sollicitée pour un prêt personnel.

En application de la ribâ, un tel montage impliquant un taux d’intérêt assis sur un capital est interdit.

Ce concept de ribâ recouvre, en premier lieu, l’usure, qui est condamnée à l’unanimité. Mais, selon une majorité d’ulémas, il englobe aussi « l’intérêt sous toute ses formes ».

En fait, selon certains, les banques islamiques se contenteraient de jouer sur les mots: utiliser le terme de loyer aux lieu et place d’intérêt ; imaginer un schéma compliqué et tortueux, avec des écrans et des étapes nombreuses, pour dégager un profit, dont la quotité est au moins égale à celle qui serait produite par un taux d’intérêt, tout en respectant la lettre de la charia.

Une histoire court : aux U.S.A. , un candidat à l’achat d’une maison avait comparé deux offres de prêt : l’une émanant d’une banque quelconque, la  moins attractive que celle-là…

Le sukuk est un produit obligataire qui répond aux prescriptions de la charia : il permet de contourner l’interdiction de la perception d’un intérêt. C’est un titre représentant une créance ou un titre participatif, dont la rémunération est indexée sur la performance d’un ou plusieurs actifs détenus par l’émetteur.

Comment de tels produits parviendraient-ils à séduire les prêteurs s’ile n’offraient pas des caractéristiques de sécurité et de rentabilité de même niveau que celles des montages conventionnels ?

In fine, quelle est donc la différence, le plus, l’avantage qu’apporte, en

terme de développement économique, le sukuk ? Sans faire preuve de relativisme, derrière l’habillage technique ou sémantique, c’est, quasiment,  bonnet blanc et blanc bonnet.

L’empereur Vespasien, dont la société J.C. Decaux est le lointain descendant, a légué son nom à un édicule. Répondant à ceux qui le critiquaient le péage que devaient régler les utilisateurs, il avait répliqué,  réaliste, que l’argent n’avait pas d’odeur. Il ne s’embarrassait pas des apparences.

Quant à un autre monothéisme, comment se débrouille-t-il avec l’argent ?

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La lecture des Quatre Evangiles ne laisse guère apparaître qu’une situation au cours de laquelle Jésus se livra à des voies de fait. L’épisode est relaté par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Il est connu comme celui de marchands du Temple. Une gravure de Gustave Doré montre Jésus, tenant à la main une corde qu’il manie comme un fouet, au dessus de la tête de quatre marchands, se protégeant maladroitement des coups.

Dans une description presque identique, les Evangélistes indiquent que Jésus renversa les tabourets et les tables des marchands et des changeurs en les accusant d’avoir fait de la maison de son Père une caverne de brigands et de voleurs.

Est-ce-à dire que le business est péché mortel et aller simple pour l’enfer ? Bien sûr que non, même si certaines pratiques déviantes ont, très tôt, été condamnées. Ainsi, le prêt à intérêt, banni par les Pères de l’Eglise.

St Thomas d’Aquin s’est inspiré des principes aristotéliciens, selon lesquels l’argent ne fait pas de petits, étant stérile. Le temps n’appartenant pas aux prêteurs, ceux-ci ne peuvent le vendre. L’argent n’est qu’un intermédiaire des échanges.

Calvin introduisit une distinction entre deux catégories de prêts. Les uns, qui permettent la création et le développement d’entreprises, qui procurent  un profit à celui qui ne bénéficie, peuvent être assortis d’un intérêt considéré comme légitime.

Les seconds, non productifs, tels les prêts à la consommation, doivent être gratuits.

Au fil des siècles, la question de la « constitutionnalité » canonique du prêt à intérêt a été pesée, analysée, débattue et rebattue. Un article du Père J.C. Lavigne retrace les étapes de cette réflexion.

En 1745, l’encyclique Vis pervenit, qui était une non-réponse de BenoîtXIV au problème : « La ville de Vérone peut-elle emprunter au taux de 4% ? », introduit la distinction entre les situations où l’intérêt était prohibé et celles où des causes extrinsèques l’autorisaient.

De toutes façons, Rome ne voulait pas se placer sur le terrain du conflit théologique, mais sur celui de la pratique et du discernement pastoral. Les penseurs du Siècle des Lumières et les Encyclopédistes s’empareront du sujet et considéreront que le taux d’intérêt est un loyer légitime. La Révolution légalisera le prêt à taux fixe. Le Code civil napoléonien, en fixant un taux légal, marquera la frontière entre les prêts légaux et les prêts usuraires, interdits.

Les discussions au sein de l’Eglise se poursuivront, sur fond de révolution indutrielle et de développement des échanges économiques. En 1891, Léon XIII, dans Rerum novarum, fustige « l’usure dévorante » qui prolétarise certaines catégories sociales. Mais, en 1917, le code de droit canon concède que la prestation de biens fongibles, tels que la monnaie, peut être assortie de la perception d’un intérêt.

 Depuis Paul VI, le débat s’est déplacé sur un autre terrain : celui de la « grande finance », de la spéculation, de la manipulation des taux de change et, plus largement, sur l’affirmation que le lien social n’est pas réductible aux seules lois du marché.

En complément de ces morceaux choisis de littérature sacrée consacrés à l’épisode des marchands du Temple, Goriot, Grandet et Harpagon viendront apporter la preuve par neuf des méfaits de la cupidité, sans oublier la « livre de belle chair à découper et prendre en la partie de votre corps qu’il me plaira » que Shylock exige d’Antonio, en garantie du remboursement des 3000 ducats empruntés.

En fait, La Mecque et Rome sont, l’une et l’autre, bien empêtrées dés lors que l’on parle gros sous.

On les comprend sachant que Freud considérait que, peu ou prou, cette substance était un excrément. Vespasien n’est pas loin !!!

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La Tronche et la tronche

Deux noms peu usités, l’un propre, le second commun, qui, tout-à-coup ont les honneurs des médias et appartiennent pour un court temps au vocabulaire de l’actualité.

 Frêche, candidat aux régionales, désormais politiquement excommunié, lui et ses sectateurs, avait été puiser ce vocable pour étiqueter Fabius, qui ne s’était pas privé de quelques gracieusetés à son égard.  La réponse de la bergère languedocienne au berger normand fut d’une autre verdeur. Langue d’oc versus langue d’oïl.

Personne n’a relevé comme insultant l’usage de tronche, cependant catalogué dans Le Robert comme « fam. », qui renvoie à trombine et, de là, à tête et visage.

Le nom propre La Tronche, celui d’une commune près de Grenoble, se retrouve dans la rubrique des faits divers sinistres. Au cours de la nuit du 9 au 10 février, trois adolescentes y ont torturé pendant des heures un quinquagénaire pour lui extorquer ses économies.

TRONCHE : il est donc des mot maudits, avec ou sans majuscule, qui sous-tendent la violence, l’invective, la férocité, la brutalité et dont le seul prononcé renvoie à des abîmes de noirceur, en quelque sorte prédestinés à la tragédie.

Frêche aurait utilisé tête ( bien intello sauf quand elle est à claques), bille ( bien rond et rigolard ), frimousse ( naïf et enfantin) , gueule (viril, mais il en est de belles), trombine ( clownesque), facies ( policier ), l’adjectif catholique dont il l’avait flanqué eût sans doute perdu une partie de sa charge antisémite.

Quant à la bourgade theâtre des actes de barbarie, comment imaginer qu’auraient pu leur servir de décors ces lieux aux noms et sonorités enchanteresses qu’Eluard égrène dans Le Conscrit des cents villages ? « L’odorante fleur du langage », le poète la décèle à Caresse, Avoine, Abondance, Joyeuse, Bussy-le-Repos, Croismare, Pré-en-Paille, Trinquetaille, pour ne citer qu’eux.

Quelle pesanteur, quel poids, quelles « changeantes couleurs » ont les voyelles, mais aussi les consonnes !

Proust ne s’y était pas trompé : «Le nom de Parme, une des villes où je désirais le plus aller, …, m’apparaissait compact, lisse, mauve et doux… ; Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’oeuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ;… » (Du côté de chez Swann )

Alors, La Tronche et la tronche ?

Essayez donc de prononcer ces syllabes avec de la purée plein la bouche !!!

Les lettres s’entrechoquent, se fracassent et se brutalisent dans une cacophonie de bataille de rue. Même paisiblement énoncée, la succession des sons est d’une grande vulgarité.

Autant s’en détroncher, c’est-à-dire tourner la tête, se détourner, si l’on en croit le glossaire argotique d’Albert Simonin, en postface de Touchez pas au grisbi.

A PRENDRE AVEC DES BAGUETTES

La Corée du Sud demeure une grande ignorée, à l’écart des flots de touristes qui s’aventurent dans cette région et choisissent plutôt la Chine ou le Japon.

 De temps en temps, paraissent des articles sur ce petit pays, qui  en soulignent des aspects folkloriques ( les plongeuses de l’île Cheju dans un supplément hebdomadaire récent du Monde) ou les variétés culinaires ( dans le même journal, il y peu. ).  

Certes, la cuisine coréenne relève de la catégorie « gastronomie », en raison de sa qualité et de sa spécificité. Pas grand chose à voir avec les cuisines chinoises – à dessein, j’utilise le pluriel – ou avec l’art des mets japonais, et pas seulement parce que les convives utilisent des baguettes en métal ! Elle est une composante majeure de la coréanité.

D’où mon désarroi lorsque, à Paris, je passe la porte de certains restaurants « coréens ». Pourquoi les guillemets ? Parce que ce qualificatif me semble souvent usurpé et relever de la publicité mensongère lorsque lesdits établissements, parés d’enseignes en hangeul et d’inscriptions, à l’intérieur, du même alphabet, sont tenus par des maîtres queux qui ne viennent pas de la péninsule, révisent à leur manière des recettes traditionnelles, achetent je ne sais où les ingrédients  et fabriquent des plats qui ne sont qu’un reflet déformé et bien imparfait de l’original.

Tout dernièrement, rue Ste-Anne, dans un établissement correspondant en tous points à ce que je viens de décrire, j’ai calé devant le plus mauvais bibimpap qui ait jamais croisé la route de mes baguettes.

Avenue de Saxe, ma femme qui est coréenne,  et moi avons fui avec terreur des serveuses affublées d’un hanbok de pacotille qui  proposaient en un français mâtiné d’un idiome asiatique autre que le coréen, des plats ne correspondant pas à ce que nous attendions.

L’Office du Tourisme de Corée ne peut-il trier le bon grain et l’ivraie, séparer le kimchi et le tabasco en quelque sorte,  en délivrant, après exament et tests,  un label qui atteste la qualité des prestations offertes ou en éditant, tous les ans, un guide où les étoiles seraient remplacées par des kimchis, c’est-à-dire des feuilles de chou, stylisées, rougies par les piments ?  Un, deux, trois selon le plaisir papillaire et l’orthodoxie culinaire.

Celà éviterait que ne circulent des versions contrefaites et perverties des plats phares de la gastronomie coréenne, qui véhiculent une image détestable du savoir-faire et du savoir-goûter de la péninsule.

Le patrimoine, ça se protège et ça se respecte. (Une initiative similaire serait d’ailleurs la bienvenue de la part des autorités chinoises et japonaises.)

D’autant que les origines historiques de certains plats coréens puisent dans un passé ancien, tout comme la racine de gingseng sauvage s’enfonce dans le sol.

 Lisant deux volumes, hérités d’un grand-père pharmacien, dont le titre est Histoire générale des drogues simples et composées, écrits en 1735 par le sieur Pomet, marchand Epicier et Droguiste, je suis tombé sur un passage décrivant une prescription qui  n’est ni plus ni moins que la recette du samgyetang,  ce coquelet au riz, au gingseng et aux jujubes, qu’à mon grand regret je n’ai jamais trouvé à la carte d’un « bon » retaurant coréen.

Je vous la livre, dans son jus, même si la lecture de ce passage, en style et graphie du XVIIIème, exige un petit effort. La chute est délicieuse. On imagine les rêves qui accompagnent la torpeur post prandiale.

Lecture recommandée‏

Les Américains ont donc débarqué à Haïti.
Ce fut plus facile qu’à Cuba, dans la Baie des Cochons.
” Pousse-toi de là que je m’y mette ! Une fois les lauriers cueillis et la démonstration de ma puissance technologique faite, je vous laisserai la place.”
Lisez donc – c’est en B.D, donc d’accès facile ! – L’histoire populaire de l’Empire américain ( Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle). Il existe une traduction en français, chez Vertige Graphic.
Le livre s’ouvre sur le massacre des Indiens, en 1890, à Wounded Knee et se clôt sur La guerre permanente : le consensus des deux partis.
Je pense qu’il y aura des addenda…
Une image fugace au journal télévisé. L’aérodrome de Port-au-Prince. Des gros porteurs débarquant hommes, chiens et équipements. Et puis, deux fières bannnières flottant au vent ( style le drapeau russe au sommet du Reichstag en ruine, ou le drapeau américain à Iwo Jima ). Elles sont rouge sang de boeuf, avec des étoiles : voilà les Chinois !!! Qu’on se le dise et qu’on le voie !
Les chiens pissent autour des réverbères pour marquer leur territoire, eux.
Manifestement, les autres pays sont plus discrets ou plus brouillons quand ils font leur paquetage.
P.S : Si vous prenez un billet d’avion, attention au lapsus : Haïti n’est pas Tahiti, non plus que Goa Gao.

FOUTU FOOT

FOUTU FOOT0001Le ballon rond est un des nouveaux items composant l’identité nationale, rejoignant le béret basque, la baguette, les charentaises, l’autoflagellation, le coq et son chant, …

Comment éviter que ce Trésor National ( Cf les classifications japonaises et coréennes) ne soit dévalorisé, désacralisé voire déshonoré par des comportements marginaux et douteux, sur fond d’euros sonnants et trébuchants ?

En se réclamant du mot d’ordre ou de l’impératif catégorique « Touche pas à mon ballon ! », deux initiatives sont à prendre, dans l’urgence.

L’idée de l’installation de la vidéo et/ou du recrutement d’arbitres supplémentaires a déjà été lancée. Elle a suscité autant d’adeptes que d’opposants. La balle est dans le camp du Président Platini, élu par un collège de footeux.

Pourquoi se limiter à la vue et négliger l’ouïe ?

Ajoutons une couche « audio » et équipons chaque joueur, les arbitres, les remplaçants qui se morfondent sur le banc de touche et les deux entraîneurs qui s’égosillent et gesticulent en bordure de terrain, d’un dispositif enregistrant leurs paroles, leurs éructations, leurs borborygmes, leurs soupirs, bref toutes les vibrations de leurs cordes vocales.

Les décibels arriveront dans les écouteurs d’arbitres installés dans des cabines qui décideront, ou non, de les retransmettre sur les système de sono du stade, ce qui les rendra audibles par tous.

Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de joindre la parole au geste et de tourner la page de ces séquences muettes où  les lèvres s’agitent dans le silence.

Combien de batailles et de faits d’armes sont passés à la postérité grâce à un mot ou une phrase ! Ces citations à venir seront autant de légendes sous les photos immortalisant les acrobaties et les tirs.

Que dire de leur utilité ? En l’absence de tels témoignages irréfutables, personne ne sait le fin mot des mots qu’échangèrent Zidane et Materazzi en finale de la dernière Coupe du Monde et l’on en est réduit à des supputations.

Autre suggestion destinée à auréoler le ballon Adidas : celle de la visualisation des textes des hymnes nationaux.

Certes, la plupart des livrets d’opéra sont d’une désarmante débilité. Mais, les mots qu’accompagnent, avant l’ouverture des hostilités,  ces notes et ces mélodies tour à tour martiales, guillerettes, folkloriques ou solennelles méritent, dans un souci d’échange interculturel  et au risque du ridicule, d’apparaître en sous-titre sur les écrans de télé.

 

A ce jour, c’est de la V.O.

Tout le monde ne sait pas lire sur les lèvres de joueurs en gros plan, d’autant que certains demeurent scellées, ni traduire les idiomes.

 La solution du panneau, brandi comme les cartons du cinéma muet, est désuète.

Quel éclairage cela donnerait sur les intentions réelles de l’adversaire et le fighting spirit qui l’anime ! Quelles informations en tirerait l’entraîneur sur la stratégie et la tactique à adopter ! Le piratage, par les « services », des échanges téléphoniques entre le joueurs de l’équipe adverse deviendrait sans objet.

 

P.S. Dans les rayons de ma bibliothèque, un livre édité en 1894 à Lyon par La librairie générale catholique et classique, 400 pages, titré Voyages légendaires en Irlande, attribué le 20 juillet 1922 à mon père, élève de 3ème à l’Institution Saint-Remi de Charleville, à qui fut décerné le 1er prix d’Instruction religieuse, et dont l’auteur est l’abbé Domenech, missionnaire apostolique.

( Au fait, je n’ai pas vu d’interview de Joyce, Beckett ou Wilde…).

LE PETIT BOUT DE LA LORGNETTE

Pourquoi se précipiter, ne pas attendre que le mélange ait décanté et la brume matinale dissipée ?

En Corée, un nouveau né est présenté à l’entourage 100 jours après la naissance, survivance d’une période où la mortalité infantile était forte et où l’enfant n’était « officialisé » qu’après ce laps de temps.

Que ne fait-on de même après une élection majeure, notamment une présidentielle ?

Prenez Obama.

Les articles de la presse écrite ou parlée, au moment de ses premiers pas sur le parquet, le carrelage et la moquette de la Maison Blanche, sont à classer dans la catégorie dithyrambe, éloge et ode au vainqueur.

Las ! Sur la scène, n’ont pas tardé à entrer des personnages et des lieux familiers : Guantanamo et son imbroglio juridique, les rudes montagnes afghanes, les véhicules iraniens propulsés à l’explosif, les biceps des shérifs, le coupe-gorge de Wall Sreet, les bailleurs de fonds de la campagne électorale venant réclamer leur livre de chair. Tous les os politiques ne sont pas solubles dans un can de Budweiser.

 Quel journaliste aurait osé, il y a quelques mois, mettre un bémol à cette louangeuse partition et contrebalancer l’optimisme que ce résultat électoral laissait augurer par les pesanteurs américaines et les lignes de forces de cette société complexe ?

 Aucune remise en perspective. Du brut de décoffrage. De la chronique à la va-vite, sans recul.

Voilà donc des ouvrages à placer au chevet des gens de presse, toujours pressés.

Le vieux Gide, d’abord, avec Voyage au Congo et Retour du Tchad. Bel exemple d’enquête au long cours sur le terrain, de lucidité impitoyable, d’alacrité dans la formulation, à rebrousse poil des idées prêtes-à-porter.

Plus près de nous, Pierre Ryckmans, alias Simon Leys : Les habits neufs du Président Mao et Ombres chinoises.

Combien d’hommes politique et de journalistes ont émis des jugements définitifs et enamourés sur cette terrible période de l’histoire chinoise en ignorant à peu près tout de la réalité de la situation, incapables de déchiffrer un idéogramme, et se laissant, tels des impotents, guider dans des visites au parcours imposé ?

Enfin, l’épisode narré par François Bizot ( Le Portail, La Table Ronde) : le grand reporter Lacouture, lors d’un dîner à Phnom Penh en 1975, balayant d’une dédaigneux revers de main, le témoignage d’un « local » puisqu’il ne cadrait pas avec l’orthodoxie en vogue.

L’aveuglement volontaire n’a pas d’âge.

CONRAD, John WAIT et Jim

Quel point commun entre  John Wait, l’un des personnages du Nègre du Narcisse, histoire de gaillard d’avant, et Jim, le commis maritime de Lord JIM,  ce long récit de 372 pages dans l’édition de La Pléiade, dont Marlow est le principal narrateur ?

 La taille, bien sûr !

Avant de les lancer dans l’action, Conrad les fait passer sous la toise.

Le Nègre « avait le mépris naturel, la condescendance aisée, comme si du haut de ses six pieds trois pouces il avait embrassé l’immensité de la sottise humaine. »

( Une note du traducteur précise que ces mensurations « équivalent bien à 1,90 mètre. »)

Jim, et c’est l’incipit du texte, « mesurait six pieds, à un ou deux près, peut-être deux, était bâti en force, et venait droit sur vous, les épaules légèrement voûtées, la tête en avant,… ».

Un pouce devait donc les séparer, soit 2,54 cm. Autant dire rien.

 N.B. Narcisse, drôle de nom pour un bateau !

Bien qu’il renvoie à l’eau, aussi bien pour le personnage mythologique que pour la plante, c’est sans doute une réminiscence. En 1884, Conrad avait navigué comme lieutenant à  bord d’un voilier baptisé de la sorte qui appareilla de Bombay pour Dunkerque.

La bourde de Cingria

st.sulpiceDieu sait qu’il est pointilleux, latiniste, helléniste, médiéviste et suisse de surcroît, mais quelle mouche tsé-tsé l’a piqué et a endormi son attention le jour où, passant Place Saint-Sulpice et recensant dans Bois sec bois vert,  les dommages que les pigeons  «  violets et violents » causent aux statues de la fontaine des prédicateurs, « qui grincent et crépitent  sous leurs griffes », il a remplacé, sculpteur amateur, Fénelon par Bourdaloue ?

Cherchons l’erreur !

Gardée par quatre lions belliqueux, la fontaine crache ses eaux à partir de 10 heures ; elle est surmontée par quatre statues en pierre, immortalisant de célèbres voix, qui du haut d’une chaire, ont déversé leur éloquence sermonnante sur des têtes louis-quatorzièmes, royales, nobles ou serves.

Le quatuor est assis, chacun tourné vers un point cardinal, solidement drapé dans des vêtements de travail, au plissé et au tombé soigneusement étudiés, portant chaussures à bouts carrés.

Regardant le nord, l’évêque de Meaux, Jacques Bénigne Bossuet, qui déclama les mots des fins dernières pour Henriette d’Angleterre. Il maintient des deux mains un majestueux in-folio, légèrement incliné, dont la tranche est posée sur sa cuisse droite. A croire que le sculpteur Visconti s’est inspiré du Moïse, de Michel-Ange, coinçant sous son coude droit les deux plaques sur lesquelles sont gravée les Dix Commandements.

Au sud, Massillon, l’évêque de Clermont, officia pour les obsèques de Louis XIV. Il tient, lui aussi, une solide volume.

Fléchier, de service pour Turenne et Marie-Thérèse d’Autriche, occupe l’ouest. Figé dans la posture d’un discuteur, la main droite levée à hauteur du menton,

Reste l’est, point cardinal principal, là où le soleil se lève.

Fénelon y siège, seul archevêque du quatuor, à Cambray, à droite de Bossuet, dont il fut le protégé, auteur de Fables et des Aventures de Télémaque. Il fait  pensivement face à l’entrée de l’église. La plume d’oie à la main, il consigne par écrit ce qu’il va dire tout à l’heure.

De Bourdaloue, point.

Alors, Charles-Albert Cingria ? Trou de mémoire ? Acte manqué ?

Bien sûr, Bourdaloue fut une des prédicateurs les plus suivis au XVIIème siècle : il n’hésitait pas à fustiger les pêcheurs, tels que Pascal ou Molière, dans des portraits à clés, mais  qu’expie Fénelon, extradé, banni  et jugé indigne de figurer dans ce panthéon de pierre ?

De quelle félonerie se serait-il rendu coupable aux yeux de Cingria ?

Serait-ce d’avoir écrit un Traité sur l’éducation des filles et la Lettre sur les occupations de l’Académie française? Ou bien, le quiétisme de Madame Guyon, dont il fut proche, sent-il le fagot ?

A moins que le roturier Cingria ne se soit offusqué des ramifications nobiliaires de son patronyme : de Salignac de La  Mothe Fénelon.

Mais l’erreur est patente.

Certes, sous Staline, sévissait le révisionnisme photographique : au fil des purges, les dignitaires déchus disparaissaient, gommés et caviardés, des tribunes et des iconographies, à chaque réédition des ouvrages.  Mais comparaison n’est pas raison.

A quand un erratum formulé par les ayants droit de C.A. Cingria, avant que ceux de Fénelon ne demandent réparation  ?

Quelle abeille vous pique?

Calé devant le zinc du Bar du Chemin de fer, face à la gare de Sens, j’ai fait mon miel d’une lecture de L’Yonne Républicain, le 20 avril et appris qu’il existait deux techniques d’essaimage artificiel pour les abeilles.

L’une, dite par tapotement : « Tapotez le couvain et les abeilles sortiront. »

L’autre, par division de colonie.

Et hop !