François Blocquaux

Quelle abeille vous pique?

Calé devant le zinc du Bar du Chemin de fer, face à la gare de Sens, j’ai fait mon miel d’une lecture de L’Yonne Républicain, le 20 avril et appris qu’il existait deux techniques d’essaimage artificiel pour les abeilles.

L’une, dite par tapotement : « Tapotez le couvain et les abeilles sortiront. »

L’autre, par division de colonie.

Et hop !

Benoît Jacques, La Genèse, Caïn et Abel, l’erreur judiciaire ?

genese1Bien souvent, le traducteur s’empare du texte de départ pour en faire, à l’arrivée, un produit qui n’a plus grand chose à voir ni avec le style ni avec le fond de la pensée de l’auteur.

Tradutore, tradittore, disent les italiens.  Le traducteur est un traître.

Les illustrateurs, alors ?

Eux aussi traduisent, c’est-à-dire interprétent les thèmes,les descriptions, les dialogues,les phrases, et, laissant libre cours à leur imaginaire, les transposent graphiquement , choisissant dans leurs propres palettes les couleurs appropriées.

 A tel point, que dans certains cas,- je pense aux gravures de Gustave Doré qui accompagnent les Contes de Perrault- le dessin est consubstantiel au texte, celui-ci devenant un contrepoint des images indissociable de celles-ci.

Flaubert, qui avait vu le piège, avait toujours refusé que ses oeuvres soient illustrées au motif qu’il craignait que ne soit représenté ce qu’il avait voulu cacher.

Ce détour pour arriver à La Genèse, le récit biblique des premiers âges de notre planète et, plus précisément, au meurtre d’Abel par son frère.

Benoît Jacques a prêté son coup de pinceau à l’illustration de la version de La Genèse traduite par Lemaître de Sacy, éditions du Chêne, 1995, 100 pages.

Trois vignettes en page 12, étagées verticalement.

Dans celle du haut, Caïn est représenté armé d’une houe, des épis mûrs en arrière-plan. Il porte une blouse jaune à manches longues et une sorte de braie marron.

Au milieu, Abel, maillot sans manche, courte culotte rose, un bâton à la main, campe devant quelques moutons.

La meurtrière case du bas représente le premier crime de l’Histoire, mais, contre toute attente, si l’on se réfère aux vêtements  tels que décrits, c’est Abel qui plante une épée dans le dos de Caïn qui bêche son champ.

La pasteur nomade règle son compte à l’agriculteur sédentaire, ce qui va directement à l’encontre du texte dans sa version française.

Sous le régime stalilinien, l’Histoire était réécrite en maquillant les photos de groupe et en faisant sur un nouveau tirage disparaître les dignitaires passés à la trappe.
Benoît Jacques est-il un révisionniste ? A quelles sources a-t-il eu accés pour introduire une faille dans cette millénaire certitude que Caïn est le premier à avoir fait couler le sang humain ?

Et si l’histoire avait commencé par une énorme erreur judiciaire ?  Si le coupable était, en fait, Abel ?

A la poubelle tous les tableaux représentant cette scène, et elles sont légion ces toiles de « maîtres » où la Justice poursuit le crime, accrochées dans les Palais de Justice et les musées.

A la poubelle, les poèmes et textes narrant cette tragédie. C’est Abel qui serait dans la tombe, scruté par un oeil vengeur.

L’onomastique serait prise en défaut.

Dans Caïn, il y a le I tréma de haïr et la dureté de la première syllabe, ce qui n’augure rien de bon.

Abel, au contraire, s’énonce avec douceur et fluidité ; la sonorité renvoie au cri des moutons paisibles qu’il garde.

Les auteurs et éditeurs – qu’il s’agisse de ceux du Livre Saint ou de la version Lemaître de Sacy/ Benoît Jacques – auront-ils le courage de publier un erratum ?

SOUSEOK

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Peu d’ouvrage coréens, à ma connaissance, sur ce thème.
Rien, non plus, dans les diverses revues qui ont une ligne éditoriale culturelle et qui ciblent un lectorat étranger.

Et pourtant, elles me semblent représenter une des spécificités de la Coréanité et structurer l’imaginaire de ce pays.

A preuve, l’activité déployée  par les nombreuses associations, regroupant les « chasseurs de pierres » qui arpentent les berges des rivières ou les flancs des montagnes, qui se réunissent régulièrement pour se montrer leurs trouvailles, publient de luxueux catalogues où sont référencées  les pierres sélectionnées ( photo en couleur, dimensions ), éditent des revues, organisent expositions et concours.

J’utilise à dessein le terme de chasseur, bien plutôt que celui de collectionneur, car, dans ce genre de quête, sait-on ce que l’on cherche et a-t-on jamais fini de chercher ? Alors qu’une collection, un fois réunie le dernier élèment, est  terminée et devenue,en quelque sorte, sans objet. ?

La différence entre ce que  j’appellerai, faute de mieux, « l’esthétique lapidaire » coréenne et celle de la Chine ou du Japon, pour ne parler que de ces deux pays, apparaît nettement, illustrant par là une des modalités du rapport  entretenu avec les forces naturelles et le cosmos.

Séjournant en Corée en février dernier, quatre « chasseurs » chevronnés m’ont invité à me joindre à eux. Nous sommes donc partis un matin sur les bords du Han, à environ 80 kilomètres en amont de Séoul. Là, sous un beau soleil de fin d’hiver, dans un décor lunaire, courbés en deux, armés d’une petite binette qui permet de retourner les galets, nous avons cherché la perle rare, c’est-à-dire la pierre qui vous parlera, celle dont la forme, le poids, la texture et la couleur vous attendent à un endroit précis de toute éternité.

souseok11Rien à voir avec la géologie, la minéralogie ou la gemmologie.  Nul besoin de sortir de l’Ecole des Mines ou descendre d’une lignée de diamantaires anversois.

Seulement se fier au hasard objectif qui vous mettra en présence de la pièce manquante d’un des nombreux puzzles qui gisent en vous et qui vous donnera l’un des mots de la fin après lequel vous courez.

Sculpture, certes, que ce morceau de roche, roulé par le flot, poli et déformé par ses contacts avec les autres cailloux.

Mais aussi phrase, car il parle à l’imaginaire.

Mais aussi tableau où les traits de pinceau sont les nervures et les affleurements de certains composants.

Nous n’étions pas les seuls sur le site, sachant, qu’au moment de la décrue des eaux, des passionnés passent la nuit sous la tente pour être les premiers à découvrir le nouveau paysage minéral que révèle le fleuve  et qu’a remodelé le très fort courant.
L’élue sera exposée sur un lit de sable fin et jaune répandu dans une sorte de plateau en terre vernissée de faible profondeur et de forme variable, à moins que ce ne soit sur un socle en bois rare, sculpté tout exprès et qui, tel l’encadrement d’une photo, souligne sa signification, mais sans l’écraser.

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Donc une parenté fort lointaine avec la présentation, très apprêtée, de certaines pierres chinoise, dûment serties dans un cadre en bois finement ouvragé, posé sur un piètement lui aussi travaillé.

Aucune manipulation ne l’altère.

Elle demeure, comme disent les antiquaires, dans son jus.  Ni polissage, ni meulage, ni perçage, ni sciage en tranches. Pas d’intrusion dans son intimité.  Ellle est telle quelle, dans sa nudité, ainsi que les eaux la laissèrent découverte ou l’érosion la fit.

Tout au plus, et en fonction de son grain, sera-t-elle être humidifiée à l’aide d’un vaporisateur ou ointe d’une crême pour la peau, afin d’accentuer, de façon temporaire, à l’instar d’un éclairage, certaines de ses caractéristiques.

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Assistant à une rénion d’une association au cours de laquelle étaient photographiées des pierres destinées à figurer dans un catalogue, il fallait voir avec quel soin méticuleux et quelles maternelles attentions leurs propriétaires, les mains gantées de blanc, les déballaient et les préparaient avant de les présenter au photographe professionnel qui, lui-même, lissait à l’aide d’un pinceau le lit de sable et orientait le plateau pour offrir le meilleur profil.

Les Coréens savent-ils que les surréalistes français se sont intéressés aux pierres ? Ont-ils lu Langue de pierres, le court texte dAndré Breton qui brosse un tableau saisissant d’une excursion sur les rives du Lot et de sa rencontre avec des agates d’une telle beauté qu’elles lui donnèrent l’illusion de fouler le sol du paradis terrestre, en agissant sur son esprit à la manière d’un stupéfiant  ?

 Le Galet, de Francis Ponge, a-t-il été traduit, ainsi que L’Ecriture des pierres de Roger Caillois, Pierres Imagées de Jurgis Baltrusaitis,  From afar it was an island de Bruno Munari, et, plus récemment,  de Gérard Macé, Pierres de Rêve et Où grandissent les pierres ?

Et ceci pour ne citer que quelques ouvrages figurant sur les rayons de ma bibliothèque, voisins de pierres, loquaces témoins de mes chasses personnelles auxquelles me lie une précieuse affinité.

Breton imaginait que deux pierres qu’il avait trouvées et baptisées le Cacique et la Tortue, en raison de leur morphologie, s’entretenaient des mystères des commencements et des fins.

De quoi être pétrifié !