François Blocquaux

SHAKE HANDS

 

 « Je t’en serre cinq », disent ces deux photos parues en juillet dans des journaux coréens.

Ce n’est pas un top five, mais on n’est pas loin.

Mettant en scène quatre américains, et pas des moindres – le Président, un couple de généraux et un sergent-chef – elles en disent plus que de longs discours sur l’engagement militaire de U.S.A.

Le décor, très officiel et gourmé, est le même dans les deux cas.

Des étoile en nombre :   derrière le dos du sous-officier, sur les drapeaux décorant les murs de la salle Est de la Maison-Blanche,  comme semées par le bras droit de B. Obama, sur les épaules des généraux.

Mais, c’est dans la direction du regard que s’échangent ces personnes que la différence apparaît.

Yeux dans les yeux et « Tête droite ! » pour les deux haut gradés, qu’il s’agisse du petit sec qui quitte le commandement des 28.000 G.I.’s basés en Corée du Sud, ravi de céder sa place de gardien d’un 38 ème parallèle que taquine sporadiquement l’Ubu de Pyongyang, ou du grand costaud qui arrive et se fend du geste familier aux politiciens en campagne , non pas militaire mais électorale : le pétrissage de l’avant-bras de l’interlocuteur.

Au second plan, le Ministre coréen de la Défense est presque flouté

Le regard sur la main de l’autre, visage baissé, en revanche, pour le Président américain et le sergent-chef Leroy, retour d’Afghanistan et d’Irak.

Mais, peut-on utiliser le mot main pour celui-ci, tant est difforme et obscène la prothèse qu’il présente, avec ce pouce démesuré et ces doigts réduits à une phalange ? Les yeux d’Obama sont fixés sur cette mécanique orthopédique, vers laquelle sa main plonge, poignet cassé, dans une étrange gestuelle, aussi concentrés que ceux du champion de tennis suivant  la balle qui va rentrer dans sa raquette.

Alors que les deux militaires ont été saisis au moment où ils se serrent carrément la  pogne , le Président et le soldat sont figés dans un geste suspendu qui laisse imaginer la façon dont vont se rencontrer et s’emboîter la prothèse de l’amputé et la main de celui qui a signé les documents  l’envoyant au combat.  

La photo est la version civilisée et normalisée d’une caricature que Siné publia en 1959 dans un recueil intitulé Complaintes sans paroles avec d’horribles détails.

 Rien de tel qu’une histoire sans parole  – photo ou caricature – pour avoir le  mot de la fin et le dernier mot.

 

From Obama’s dreamland or death row…

Ces deux infos puisées dans Le Monde ont été mal classées. La nécro aurait dû les héberger plutôt que les faits divers.
Dans Vingt ans après, Alexandre Dumas a apporté un point final aux péripéties de ses Mousquetaires.
Au pays d’Obama, la conclusion de certaines aventures attend un peu plus : 27 ans pour les causes naturelles et 26 pour le définitif endormissement chimique.
Tout vient à point à qui sait attendre, chez les donneurs de leçons et les prestataires de serment sur la Sainte Bible.

Haïti : Aïe !!!‏

Haïti : les 12000 GI’s sont arrivés avec leurs gros sabots et leurs rangers aux pieds dans un pays indépendant depuis 1808.
Je m’étonne des cris d’orfraies poussés par ceux qui s’étonnent de cette invasion et des méthodes employées. Rappelez-vous qu’en 1944 il était prévu de transformer le France en un protectorat, sous gouvernance U.S. Des billets de banque avaient même été imprimés.
Mieux vaut pour Obama des adeptes du vaudou implorant un Dieu impitoyable que des djihadistes, les chaussettes pleines de pentrite.
Mais sa patte est aussi rude que celle de son prédécesseur.
Vous avez vu la “mésaventure” qu’a connue Tiger Wood, le chamion de golf, qui se dépensait ailleurs que sur les greens. Ses failles sont apparues.
Réserve faite des galipettes, je vois une certaine analogie avec Obama, dont le côté lisse et prêcheur masque mal, désormais, le véritable aspect du personnage, pro de la politique et de la com.
Comme dans le conte d’Andersen, le roi est nu.

Lecture recommandée‏

Les Américains ont donc débarqué à Haïti.
Ce fut plus facile qu’à Cuba, dans la Baie des Cochons.
” Pousse-toi de là que je m’y mette ! Une fois les lauriers cueillis et la démonstration de ma puissance technologique faite, je vous laisserai la place.”
Lisez donc – c’est en B.D, donc d’accès facile ! – L’histoire populaire de l’Empire américain ( Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle). Il existe une traduction en français, chez Vertige Graphic.
Le livre s’ouvre sur le massacre des Indiens, en 1890, à Wounded Knee et se clôt sur La guerre permanente : le consensus des deux partis.
Je pense qu’il y aura des addenda…
Une image fugace au journal télévisé. L’aérodrome de Port-au-Prince. Des gros porteurs débarquant hommes, chiens et équipements. Et puis, deux fières bannnières flottant au vent ( style le drapeau russe au sommet du Reichstag en ruine, ou le drapeau américain à Iwo Jima ). Elles sont rouge sang de boeuf, avec des étoiles : voilà les Chinois !!! Qu’on se le dise et qu’on le voie !
Les chiens pissent autour des réverbères pour marquer leur territoire, eux.
Manifestement, les autres pays sont plus discrets ou plus brouillons quand ils font leur paquetage.
P.S : Si vous prenez un billet d’avion, attention au lapsus : Haïti n’est pas Tahiti, non plus que Goa Gao.

A Canossa ou à Tokyo ?

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Obama, plié à 90°, devant l’empereur du Japon, souriant.
 
Quelle est la taille de l’un et de l’autre ? Que prescrivent le protocole et l’étiquette ? Que recommandent les bonnes manières, en 2009 ? Que fut-il convenu lors des discussions préparant cette visite, dans un pays aussi « codé » que le Japon ?
 
Des souvenirs d’adolescence me reviennent : ceux des distributions de prix, en fin d’année scolaire, à l’Institution St-Remi, de Charleville-Mézières,dans les années 50, présidées par l’archevêque de Reims, au cours desquelles les prix d’excellence allaient prendre leurs livres, après avoir gravi en tremblant les marches de l’estrade, s’être agenouillés et avoir baisé l’anneau du prêlat.
 
Obama a donc fait une sorte de révérence, plus affirmée que celle de Carla devant la Reine d’Angleterre, à mi-chemin de la prosternation et de l’inclinaison de la tête.
 
Evidemment, quand un président qui a les mensurations d’un joueur de basket se casse en deux, c’est spectaculaire, d’autant que la différence de taille avec le minuscule Empereur Akihito est manifeste.
 
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Un autre souvenir surgit alors : celui des photos prises au moment de la signature de la reddition du Japon, sur le pont du cuirassé Missouri mouillé dans la baie de Tokyo, le 2 septembre 1945 à 9 heures du matin.
 
A la fin de cette tragédie en plusieurs actes, les acteurs sont disposés en L. Sur les deux branches : les représentants des Alliés, en bras de chemise, sauf les Britanniques. Leclerc est présent, le seul à arborer un képi..
 
Dans l’espace libre, une table, sur le tapis de laquelle sont posés les instruments de la capitulation, qui vont être signés, et une chaise. Devant, sont alignés sur deux rangs, les neuf membres de la délégation japonaise – 6 militaires et 3 civils-, figés, raides, au garde-à-vous, avec la tête des mauvais jours.
 
Gibus, queue de pie, col cassé et lunettes rondes pour un des plénipotentiaires, le Ministre des Affaires étrangères, qui s’appuie du bras gauche sur sa canne.
 
Vareuse, fourragère, décorations, bottes, mais pas de sabre, pour les militaires.
En face, MacArthur, en chemise, col ouvert sur lequel figurent ses étoiles, n’arborant pas de décoration, la jambe gauche en avant, les mains croisées dans le dos, la visière de la casquette lui masquant les yeux, regarde d’un air las et désabusé, un général vaincu apposer, debout, son paraphe.
 
64 ans se sont écoulés entre ces deux postures américaines.
 
Le contraste est d’autant plus vif qu’Obama a fait part de son intention de se rendre sur les deux lieux où l’horreur nucléaire fut consommée au nom da la Pax Americana.

LE PETIT BOUT DE LA LORGNETTE

Pourquoi se précipiter, ne pas attendre que le mélange ait décanté et la brume matinale dissipée ?

En Corée, un nouveau né est présenté à l’entourage 100 jours après la naissance, survivance d’une période où la mortalité infantile était forte et où l’enfant n’était « officialisé » qu’après ce laps de temps.

Que ne fait-on de même après une élection majeure, notamment une présidentielle ?

Prenez Obama.

Les articles de la presse écrite ou parlée, au moment de ses premiers pas sur le parquet, le carrelage et la moquette de la Maison Blanche, sont à classer dans la catégorie dithyrambe, éloge et ode au vainqueur.

Las ! Sur la scène, n’ont pas tardé à entrer des personnages et des lieux familiers : Guantanamo et son imbroglio juridique, les rudes montagnes afghanes, les véhicules iraniens propulsés à l’explosif, les biceps des shérifs, le coupe-gorge de Wall Sreet, les bailleurs de fonds de la campagne électorale venant réclamer leur livre de chair. Tous les os politiques ne sont pas solubles dans un can de Budweiser.

 Quel journaliste aurait osé, il y a quelques mois, mettre un bémol à cette louangeuse partition et contrebalancer l’optimisme que ce résultat électoral laissait augurer par les pesanteurs américaines et les lignes de forces de cette société complexe ?

 Aucune remise en perspective. Du brut de décoffrage. De la chronique à la va-vite, sans recul.

Voilà donc des ouvrages à placer au chevet des gens de presse, toujours pressés.

Le vieux Gide, d’abord, avec Voyage au Congo et Retour du Tchad. Bel exemple d’enquête au long cours sur le terrain, de lucidité impitoyable, d’alacrité dans la formulation, à rebrousse poil des idées prêtes-à-porter.

Plus près de nous, Pierre Ryckmans, alias Simon Leys : Les habits neufs du Président Mao et Ombres chinoises.

Combien d’hommes politique et de journalistes ont émis des jugements définitifs et enamourés sur cette terrible période de l’histoire chinoise en ignorant à peu près tout de la réalité de la situation, incapables de déchiffrer un idéogramme, et se laissant, tels des impotents, guider dans des visites au parcours imposé ?

Enfin, l’épisode narré par François Bizot ( Le Portail, La Table Ronde) : le grand reporter Lacouture, lors d’un dîner à Phnom Penh en 1975, balayant d’une dédaigneux revers de main, le témoignage d’un « local » puisqu’il ne cadrait pas avec l’orthodoxie en vogue.

L’aveuglement volontaire n’a pas d’âge.